Comment mettre en pratique le Karma Yoga dans notre Monde Moderne ?


Par Linda Munro


Afin de pouvoir explorer les différentes manières de mettre en pratique le Karma Yoga dans nos modes de vie contemporains, nous devons d’abord savoir ce qu’est le Karma Yoga. Pendant des années, j’en ai entendu parler comme d’un « service désintéressé » et l’ai compris dans le sens de travailler gratuitement pour les autres.
Avec l’aide de la Gita, j’ai une compréhension plus juste, plus précise, du Karma Yoga.


Le Karma Yoga selon Krishna


C’était un chemin enseigné par Krishna à son disciple, Arjuna, dans la Bhagavad Gita, écrit historique et spirituel. L’essence de son enseignement du Karma Yoga était que chacun doit participer au monde, en réalisant les activités qui lui sont propres, sans s’attacher au résultat (qu’il soit positif ou négatif) et tout en se consacrant à un  chemin d’union avec le Divin. Par conséquent, le terme « service désintéressé » n’implique pas nécessairement de travailler gratuitement pour les autres – c’est faire le travail qui nous incombe sans s’attendre à ce que les fruits de ce travail ne bénéficient qu’à nous seuls. Ceci est extrêmement difficile, non seulement parce que nous sommes conditionnés à être attachés aux bénéfices pour MOI, JE, MOI-MÊME, mais aussi parce que, réussir à déterminer quelles activités sont justes pour nous demande d’être profondément accordé avec notre intuition ou moi intérieur.


Etre éduqué dans notre société contemporaine


On pourrait argumenter que notre vie contemporaine encourage l’exact opposé de ce que propose Krishna. Depuis notre plus jeune âge, on enseigne à la plupart d’entre nous de faire en sorte d’« avoir » d’excellentes notes, d’être sages pour avoir des cadeaux, d’avoir une éducation supérieure pour avoir un bon métier, d’avoir un bon métier pour gagner beaucoup d’argent, de gagner beaucoup d’argent afin de s’acheter beaucoup de choses matérielles qui rendent nos vies plus confortables et comblent nos désirs, de s’habiller à la mode pour être aimés ou admirés, d’être célèbre ou important pour être « quelqu’un », etc… ; à peu près tout va dans le sens de satisfaire le petit moi superficiel avec des succès matériels, plutôt que le grand Moi intérieur.



Parce que j’ai deux enfants en bas âge, je ressens combien cela est vrai, il est définitivement plus facile d’obtenir d’un enfant qu’il fasse quelque chose quand on lui offre une récompense. Quoi qu’il en soit, si je garde à l’esprit les enseignements de Krishna, je pense qu’il est essentiel d’expliquer aux enfants l’importance d’être heureux au-dedans de nous et de ne pas être avides. Que cela nous rend reconnaissants et beaux intérieurement, ce qui est plus important que la beauté extérieure et les biens matériels.

Quand nous usons de « récompenses » avec les enfants, nous pouvons essayer de nous concentrer davantage sur les conséquences de nos actions. Quand nous essayons de faire du bien nous nous sentons bien intérieurement. Alors que si nous blessons l’autre ou lui mentons, il y a ce petit endroit en nous qui est blessé en retour et à qui nous mentons. Et, que nous devons accomplir nos devoirs dans la vie parce que ce sont nos devoirs. De plus, nous devons faire de notre mieux dans cet accomplissement parce que cela fait du bien de faire de son mieux. Je suis impressionnée par la faculté des enfants à se mettre en communion. Peut-être que s’ils ont l’occasion de sentir qu’on a confiance en leur capacité de développer des valeurs intérieures, alors ils ressentiront naturellement la connexion au-dedans. A mesure qu’ils gagnent en maturité, nous pouvons progressivement leur expliquer davantage et nous verrons si, avec toute notre attention et nos karmas respectifs, ils deviennent des adultes en mesure de poursuivre un chemin spirituel tout en participant activement à la vie sociale.


Karma

Les conséquences de nos actions en pensées, en paroles et en actes sont appelées notre karma. C’est une loi naturelle de cause à effet dont on ne peut se soustraire qu’avec la « libération ».

« La Bhagavad-Gita (18.23ff) distingue trois types fondamentaux d’actes, basés sur la disposition intérieure de celui qui agit : (1) sattvika-karma, désigne des actions qui sont prescrites par la tradition et exécutées sans attachement par une personne qui n’est pas désireuse d’en tirer le « fruit » ; (2) rajasa-karma, exécutées à partir du sens de l’égo et dans le but d’éprouver du plaisir et (3) tamasa-karma, exécutées par un individu en proie à l’illusion et au trouble, sans souci des conséquences morales et spirituelles de ses actes. » (Encyclopedia of Yoga)**




Sva-Dharma

En distinguant les activités justes de celles qui ne le sont pas, nous pouvons faire référence à l’enseignement de Krishna du Sva-Dharma (le devoir individuel ou la loi d’action qui nous est propre).

Paramahansa Yogananda explique Sva-Dharma dans les citations suivantes :

« Le premier et plus haut devoir de l’homme est de suivre les principes et actions vertueux en rapport au déploiement du Soi (Sva). »

« … chacun devrait analyser l’insistance de son urgence intérieure, ou consulter un saint gourou, pour diagnostiquer les impulsions de ses karmas passés, afin de déterminer la vie à pour laquelle il est le plus fait. »

« Mais on ne devrait pas essayer d’échapper aux devoirs imposés par le karma qui nous mettent face à des leçons essentielles à notre évolution personnelle. »

« …svadharma (« les devoirs de l’âme ») signifie le travail spirituel nécessaire à la réalisation du Soi (Sva). »
(p. 403 GTA)**


Comportements incorrects et qualités

Lorsque nous rapportons ces enseignements profonds à notre vie quotidienne – nous devons tout d’abord être clairs avec ce que l’on nomme des comportements incorrects, et ouverts à les voir en nous au lieu de les nier. Techniquement, toute action qui n’est pas accomplie dans un esprit de servir l’union avec le Divin est un comportement incorrect. Néanmoins, il est difficile d’être dans une posture où toutes nos actions sont faites avec une telle profondeur spirituelle tant que nous n’avons pas dépassé notre petit moi. Alors regardons ces activités depuis là où la majorité d’entre nous en est aujourd’hui dans son chemin spirituel.

Le comportement incorrect, inapproprié, inclut toute action immorale faite pour satisfaire les plaisirs des sens, ou encore des qualités négatives telles que l’avidité, l’égoïsme, la luxure, la gloire, l’envie, la jalousie, la haine, la fainéantise, la paresse, le pouvoir, l’orgueil, etc… Krishna en a listé une quantité comme « démoniaques » dans les versets 16.7 à 16.18. Mais selon moi, le langage utilisé est trop dur puisque d’ici à notre illumination, nous possédons tous des petites parcelles de mauvaises qualités dans notre égo et s’il n’y a pas la place de les accepter, alors nous risquons de nous illusionner encore plus.

Bien souvent notre esprit ne nous laisse pas voir les qualités « négatives » de notre moi. Après tout, qui a envie de se voir avide et égoïste !? Il est beaucoup plus facile de laisser notre mental enfouir nos aspects les moins admirables en imputant quelqu’un ou quelque chose d’autre ou en justifiant ou niant nos actions. « Oh, j’ai totalement le droit de faire ceci ou cela, parce qu’il me l’a fait ou que tout le monde le fait ». « Je ne peux pas me comporter autrement parce que la société est comme ça ou que l’organisation est comme ça. » L’esprit va si bien enfouir ce que nous ne voulons pas voir que nous allons être dans le déni le plus complet cela puisse même faire partie de nous. « Je ne suis absolument pas une personne colérique ». Premièrement, nous ne pouvons en aucun cas nous appliquer une affirmation aussi catégorique (ni à personne d’autre d’ailleurs) ; deuxièmement, nous avons tous un petit peu d’une personne en colère en nous. Il nous faut constamment revérifier nos motivations et nos attentes pour pouvoir évoluer.


Transformer les habitudes et qualités indésirables

Krishna ne parle pas explicitement de comment transformer ces qualités indésirables, mais  cachés dans les enseignements sur la renonciation, la méditation, la foi et la sagesse, se trouvent les voies pour entrer en contact plus étroit avec le buddhi (esprit supérieur). Lorsque nous sommes plus en contact avec le buddhi, nous sommes plus à même d’user de notre faculté de discrimination pour vivre notre vie. Par conséquent, progressivement, nous devenons capables de voir ce qui se passe dans notre esprit et d’être plus honnête dans notre acceptation de nous-même.
 
Personnellement, je pense que c’est une des clés qui permet de transformer nos mauvaises habitudes et nos qualités indésirables ; les regarder honnêtement et les accepter comme faisant partie de nous. Voir que nous sommes ok, voire même « parfaits » tels que nous sommes ; que nous sommes à l’image de Dieu malgré nos imperfections. D’une manière ou d’une autre, cette acceptation nous donne le pouvoir de les transformer. Avant de les accepter, nous allons nous battre et lutter avec nos zones d’ombre, leur donnant alors plus d’importance qu’elles ne le méritent.

Alors même que nous « lions amitié » avec les « mauvaises » qualités et actions, nous devons cultiver les bonnes. Krishna suggère 26 qualités favorables que nous devrions posséder ; il les liste dans les versets 16.1 à 16.3 ; l’absence de peur, la pureté de cœur, la constance, la générosité, la réserve, le sacrifice, l’étude de soi, l’austérité, la droiture, ne pas nuire, la véracité, l’absence de colère, le renoncement, la tranquillité, ne pas calomnier, la compassion, l’absence d’avidité, la douceur, l’humilité, la non-précipitation, la vigueur, le pardon, la patience, la propreté du corps et la pureté de l’esprit, la bienveillance et l’absence de fierté excessive.

« Ces 26 qualités sont toutes des attributs divins de Dieu ; elles constituent la richesse spirituelle de l’homme. Celui qui cherche Dieu devrait s’efforcer de les obtenir toutes. Le plus il manifeste ces qualités, le plus il reflète la véritable image intérieure du Dieu dont il est issu. » (p. 969 GTA)


L’activité favorable

Les activités favorables incluent notre travail, prendre soin de nos familles, nos pratiques spirituelles, prendre soin de notre corps, notre maison et tous nos devoirs quotidiens, à faire sans nous préoccuper d’un résultat flatteur pour notre moi ; tout doit être réalisé dans le but ultime d’une ré-union avec l’Absolu. Honnêtement, quand j’ai entendu cela, ça me semblait tellement étranger à moi que je ne parvenais pas du tout me relier à cette idée. Maintenant, après des heures de contemplation et en y réfléchissant selon des perspectives différentes, cela me semble évident. Je trouve éclairante la façon dont Paramahansa Yogananda le formule : « …chacun devrait embrasser les devoirs auxquels il est tenu par les lois de la nature ainsi que les devoirs divins qui encouragent la croissance de l’âme. » (p. 345 GTA)




Ecouter son cœur ou l’intuition

Pour moi cela veut en partie dire de suivre son cœur pour décider quel travail doit être le nôtre (ou toute autre question liée à notre chemin de vie). J’admets que cela soit plus difficile à faire qu’à dire et que c’est quelque chose qu’il nous faut cultiver. Pour faire court, je dirais qu’il est question de faire un travail ou de suivre une voie qui nous semble naturels et nourrissants, plutôt que focalisés uniquement sur le chèque à la fin du mois, ou l’admiration des autres. D’un certain côté, je pense que pour de nombreuses personnes, le dilemme sur « quoi faire de leur vie » est un luxe de nos sociétés occidentales. Nous avons tant de choix, des opportunités sans fin, que soit nous ne réussissons pas à décider quoi faire soit nous nous ennuyons avec ce que nous faisons (ce qui incidemment s’adresse aussi à notre pratique du yoga et à nos relations). Pour ceux qui ont ce type de « problème », je dirais, qu’en plus de rechercher l’aspect naturel et nourrissant, il est nécessaire de se pencher plus profondément à l’intérieur de soi pour rencontrer ses attentes (et peut-être que vous en  demandez trop) et calmer l’état d’agitation de l’esprit et du corps.

Il semblerait que nous soyons en permanence dans l’attente de ressentir cela comme un   « travail intéressant », ce n’est pas réaliste et c’est pourquoi j’utilise le mot « nourrit » plutôt que passionnant ou excitant par exemple. Quelque chose de nourrissant est plus que de l’excitation ou de la passion. L’excitation et la passion sont éprouvées dans l’instant alors que ce qui nourrit est plus profond, permet de grandir et éventuellement se connecte à l’âme.

Quand quelque chose semble naturel, il y a moins de lutte. Ce qui ne veut pas dire sans obstacle, il y aura souvent des obstacles pour éprouver notre persévérance, notre force, notre foi et nos capacités. Il nous faut des obstacles pour nous pousser à grandir et à chercher ce qui nous nourrit. Néanmoins, si nous sentons que nous passons notre temps à nous heurter à un mur, il vaut mieux prendre du recul, méditer et découvrir si nous poursuivons sur un mauvais chemin ou donnons trop d’importance à un résultat ou une attente spécifique.


Mener une vie active


Nous avons été mis dans ce monde et devons y prendre part activement. Nous sommes en quelque sorte condamnés à agir parce que même quand nous n’agissons pas, nous sommes en action de la « non-action ». Par exemple, un homme paresseux et fainéant est « agissant » dans la paresse bien qu’il ne fasse rien. Il nous a été donné le cadeau du libre-arbitre. Ce libre-arbitre nous pouvons l’utiliser à générer des actions karmiques positives ou négatives. Le comment de nos actions nous appartient ; mais ce n’est pas nous qui décidons des conséquences et dans le Karma Yoga il nous est conseillé de demeurer dans une égalité d’âme et de caractère, indépendamment de l’issue, positive ou négative, agréable ou pas.
Je crois que c’est une façon de vivre très inspirante. C’est vivre chaque moment, faire au mieux pour suivre notre cœur et notre intuition, persévérer, essayer d’être léger et joyeux dans notre quotidien et faire ce qui doit être fait.


L’action nécessaire

« 2.47 – 2.48 : ces strophes transmettent l’essence du Karma Yoga, le chemin du yoga, celui de l’action qui transcende le moi : Faites ce qui est nécessaire, mais en ayant recours à la faculté de sagesse (buddhi) ou esprit supérieur, engagez toutes vos actions sans être talonnés par un désir de récompense. » (p.117 Gita course book)***

Le mot « nécessaire », « indispensable» est un mot que j’utilise souvent lorsque je réalise des actions ou plus exactement, lorsque je décide du choix d’une action. Par exemple : « Est-il nécessaire que je m’accroupisse avec mes enfants et que je leur explique qu’ils doivent résoudre leur problème sans se faire du mal plutôt que de hurler à travers la pièce, même si je préfèrerais terminer ce que je suis en train de faire. » Ou «  Est-il indispensable de résoudre immédiatement un problème avec un collègue, plutôt que de l’ignorer et le laisser se transformer en rancœur ou animosité. » Ou bien encore, « Est-il nécessaire que je me repose et prenne soin de mon corps pour lui permettre de récupérer au lieu de faire une intense pratique d’asanas, dont je peux me sentir très dépendante. »

Mais comment savoir ce qui (nous) est nécessaire ? Je pense que c’est ici que les techniques de pratique du yoga entrent en jeu. Krishna dit que nous devons méditer. La méditation est très difficile ; généralement il se produit une des choses suivantes : notre mental est super actif et on pense à tout et à rien, ou alors nous sommes abasourdis, lourds, en train de nous absenter ou de somnoler. Quoi qu’il en soit, si on s’astreint à la pratique, on commence à pouvoir observer ce qui est en train de se produire et petit à petit on arrive à plus de clarté et d’espace entre les pensées. Ce qui va se transposer à nos vies quotidiennes. Avant de méditer nous sommes en réaction, agissons comme ça vient, tandis qu’au fur et à mesure que nous développons notre pratique, nous commencerons à faire l’expérience de plus de clarté et d’espace entre nos pensées. Il en résulte que nous serons sans doute plus à même de réaliser l’action juste, celle qui doit être faite. Cela prend du temps, cela demande pratique et persévérance, et même à ce moment-là, nous remarquerons que nous ne parvenons pas toujours à agir depuis cet espace de nécessité, libre de toute motivation égoïste. Cela demande de la  pratique, à la fois celle d’être présent minute après minute, et aussi celle d’un temps spécifique consacré chaque jour à l’assise. En résumé, développer une pratique de méditation, c’est développer un état de conscience qui en retour donnera plus de conscience à nos actions quotidiennes.


Les fruits de nos actions


« O Dhananjaya (Arjuna), rester immergé dans le yoga, réaliser toutes les actions, ne pas s’attacher à en recueillir les fruits, être indifférent au succès et à l’échec.  Cette sérénité d’esprit est ce qu’on nomme yoga. » (Verset 2.48 traduit de GTA)

A nouveau, c’est en soi un concept libérateur. Je sens que, d’une certaine manière, cela nous enlève de la pression dans nos vies modernes. Bien sûr, nous avons à nous entraîner à ne pas rester attachés au résultat de notre travail, mais dès lors que nous nous souvenons que la seule chose que nous puissions faire est de faire de notre mieux ; nous nous libérons du besoin que les choses soient ce que nous voudrions qu’elles soient. Le résultat final de notre travail ne nous appartient même pas. Je sens que cela produit un sentiment d’humilité ; nous ne sommes pas les plus puissants, il y a quelque chose de plus grand et de plus puissant que nous. (Note : le mot « travail » est ici utilisé dans le sens de notre métier, nos devoirs envers notre famille, notre pratique du yoga, prendre soin de notre environnement et tout autre tâche de vie qui nous incombe.)

Quand nous sommes en mesure de réaliser notre travail et nos devoirs « comme si » le résultat était défini, mais sans avoir « besoin » qu’il en soit ainsi, nous commençons à accepter les choses telles qu’elles sont sans devenir triste ou déprimé ou surexcité à leur sujet. Ce qui nous apporte une stabilité émotionnelle.

Nous devons sans cesse nous rappeler, spécialement lors d’un accès de colère ou de dépression, que « je ressens ces émotions extrêmes parce que je voudrais que les choses soient différentes de ce qu’elles sont actuellement. » Bien souvent cela va soulager la colère ou la dépression ou tout du moins nous permettre de les vivre et de les accepter. En réalité, même quand nous sommes transportés de joie, il faut nous souvenir d’apprécier cet état sans s’y attacher parce qu’il va toujours évoluer en quelque chose d’autre.

« Réaliser des actions sans se soucier du résultat équivaut à maintenir l’état d’équilibre mental du yoga. »
(p. 288 GTA)


Il nous faut agir

Un des mots clés employé dans la Gita et qui nous permet de comprendre que l’accomplissement du yoga est possible, malgré le mode de vie de nos sociétés contemporaines, est le mot naishkarmya ; qui signifie « action-transcendance ». En d’autres termes détachement par l’action et non pas renoncement à l’action.

« On ne trouve pas la vraie félicité dans le renoncement aux responsabilités » (p. 335 GTA)

« Un dévot peut s’occuper de sa santé, sa famille, ses affaires et être néanmoins un dans un détachement intérieur. Il se dit : « Je n’ai pas créé ce corps ou ce monde. Alors pourquoi devrai-je y être attaché ? J’accomplis mes tâches matériels envers ma famille et autrui, parce que Dieu m’a donné ces tâches. Je vais méditer profondément et jouer ce rôle temporaire pour Lui donner satisfaction. » Un homme avec un tel détachement intérieur est aussi un yogi, parce qu’il est toujours en mouvement vers Dieu par sa méditation et ses actes. »
(p. 323 GTA)

Donc nous avons des responsabilités et devons les assumer au meilleur de nos compétences !


Pourquoi ?

Nous possédons un esprit occidental qui a besoin de savoir le Pourquoi ? Pourquoi faire tous ces efforts, être si actifs dans nos vies, ne pas nous soucier des fruits (bénéfices) de notre dur travail, cultiver en nous de bonnes qualités et plus encore pourquoi nous consacrer à nous unir au Divin (sans même vraiment savoir ce que cela veut dire) ?!

Pourquoi ne pas me prélasser et profiter de la vie ou travailler dur pour obtenir de gros  bénéfices personnels, après tout c’est mon dur travail et si mes soi-disant défauts ne me rendent pas malheureux, pourquoi changer ?!


Parce que

Pour trouver une paix intérieure ! Même si vous ne vous sentez pas (encore) en accord avec la finalité de notre Moi qui se réunirait avec l’Absolu, c’est le désir de tout un chacun de ressentir une paix intérieure plutôt que de l’agitation. Et si vous posez un regard objectif sur les vies de la plupart d’entre nous, elles sont pétries de souffrance intérieure (voire de souffrance apparente). Il y a des moments de joie dans la plupart de nos vies ; mais un regard plus profond nous montre que dans son ensemble notre société souffre. Il suffit de voir la créativité que nous déployons à nous anesthésier ; l’alcool, les cigarettes, manger trop, la mal-bouffe, les achats, travailler trop, tous les excès de stimulations, les commérages, le business, les événements qui font sensation, l’idolâtrie des stars de cinéma, des stars de la musique et aujourd’hui de toute personne qui s’affiche dans une émission de télé-réalité, les drogues (sur ordonnance ou pas), et n’importe quelle distraction qui nous sert à éviter de voir « ce qui est ».

Extérioriser ainsi l’expérience que nous faisons de la vie est une des manières d’éviter la vérité – sans même vouloir parler de La Vérité.

Krishna explique que nous devons parvenir à maîtriser nos sens si nous voulons accéder à une paix intérieure durable.

« 2.60 – 71 : Les sens (indriya) ont pour fonction de décentrer l’esprit de lui-même et de l’amener dans le monde de la matière (prakriti). Ils nous permettent d’y naviguer. Mais ce faisant, ils capturent l’esprit et le distraient de son self-contrôle, qui à lui seul peut délivrer un individu de la compulsion de ses instincts. Le yogi doit dissocier ses sens des objets de ses sens comme une tortue rétracte ses membres, afin que sa sagesse puisse s’enraciner fermement. » (The Gita Course Book)

C’est un cercle vicieux qui fonctionne ainsi : les sens (esprit inférieur inclus) sont attachés au plaisir qu’ils obtiennent, cet attachement devient un désir (soit de vouloir obtenir quelque chose que l’on ne possède pas, soit de vouloir se débarrasser de quelque chose que l’on possède déjà). Il en résulte de la colère ou de la peur, nous oublions la nature de notre Moi véritable, qui résulte en une perte de sagesse (buddhi – esprit supérieur) qui résulte en une perte de vie spirituelle. Et seule une vie spirituelle et une véritable sagesse peuvent nous procurer une paix intérieure durable.


En conclusion

Pour appliquer les enseignements de Krishna sur le Karma Yoga à notre société contemporaine, il nous faut cultiver une pratique de la méditation ; ce afin de nous aider à maîtriser notre mental et nos sens, dans l’idée d’être un jour capables de vivre dans ce monde et d’y accomplir nos obligations au mieux de nos capacités et dans un complet détachement des bénéfices personnels. Demeurer dans l’équanimité face au succès et à l’échec et parvenir à voir le Divin en toute chose. Amener de la propreté, de la pureté, de l’ordre et de la simplicité à nos vies, nous débarrasser de l’intranquillité, de l’avidité et du désir pour enfin être à même de vivre en grande paix. Vivre dans le monde et non pas vivre du monde.



*GTA – Citations de God Talks with Arjuna par Paramahansa Yogananda
**Encyclopédie du Yoga – Citations de The Shambhala Encyclopedia of Yoga par Georg Feuerstein, PHD
***Gita Course Book – Citations de The Baghavad Gita Course Book par Georg Feuerstein, PHD